Reportage à l’atelier 13’ATIPIK

L’histoire que je m’apprête à vous dévoiler a le goût du vrai  !

Un jour, juste après notre video sur Brut, je reçois un message d’une personne qui me dit être sur la même longueur d’ondes, défendre l’upcycling, s’engager dans cette voie etc…

Et soudain, je me rends compte que nous sommes, certes sur la même fréquence mais que cette femme est un héros ! Elle créée son propre atelier d’insertion à Marseille, il y a 6 ans et elle continue à prouver que c’est possible.

Alignement des planètes !

Nous voilà parties pour ANTI-FASHION à Marseille, sous un soleil ardent de juin. Nous installons, les créations dans l’espace créateurs de la Bourse du travail métamorphosé pour l’occasion ainsi que la carte interactive des matières.

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Et qui vois-je arriver ?  Elle-même, Sahouda Maalem qui me fait remarquer que j’aurais quand même pu passer la voir plus tôt. Je ris, lui dis que je suis arrivée la veille, elle sourit et me donne rendez-vous dès le lendemain matin pour découvrir son atelier et son équipe !

J’ai bien cru, que je n’allais pas repartir à Paris, entre Soleil, effervescence créative, outils de production et détermination contagieuse. Ma décision était prise, j’allais vivre au soleil par procuration et confiant mes créations à l’atelier 13 Atipik. Ainsi, elles regorgeraient de vitalité et illumineraient notre Paris gris !

Paris tenu, Marseille, nous v’là !

Quelques semaines plus tard, je prépare avec la fine équipe tous les tissus (fins de rouleaux, tapisserie, rideaux etc…) pour un départ vers Marseille. Les modèles venaient  tout juste de sortir de mon imaginaire. Les échanges avec la talentueuse modéliste Sophie H., nouvellement rencontrée, étaient dans la phase « prototypage-chipotage ». Sophie H, habituée et patiente, notait mes envies de précisions, et peaufinait les patrons de la robe Kandide, de la Kombi Dandy, du Kaban et du Bombers !

« Allô Sahouda, ça y est les patrons sont finis, ils passent à la digit-grada et je te les envoies ! »

Traduction : digitalisation ( si tout brûle, on a tout sur ordi et on peut ressortir les patrons à volo) et gradation ( ça c’est un chapitre à part entière, c’est comment on fait les tailles aïe aïe aïe)

 » Allô Anaïs, les têtes de série sont prêtes, tu passes les voir à l’atelier ?  » Billets de trains réservés pour moi et Zaza.  Ce héros de la fab (fabrication), oeil de lynx, capable aussi bien de modifier un patron, que de contrôler 500 pièces.

Nous voilà arrivées et hébergées chez Sabine, bras droit de la fondatrice d’Anti-Fashion, l’occasion de se raconter nos avancées respectives un moi après !

Il aura fallu 48h dont 24 travaillées pour que Zaza se fasse encore une fois passée pour Indispensable, une fée que l’on aimerait avoir constamment à ses côtés. Premier jour, j’essaie le Kaban et me rend compte que les 5 centimètre d’ourlet n’avait pas été comptabilisés… 5 cm trop court. Zaza, me demande de sortir toutes les tailles du Kaban et la voilà partie dans une modification simple en apparence, 4 heures en réalité.

Deuxième essai, la Robe, j’avais demandé à Sophie un « je ne sais quoi », un petit surplus de matière au niveau de la taille, mais voilà qu’il pose question dans sa finition. Toute l’équipe de 13 Atipik réfléchit, y va de sa plus belle expértise. Les mécaniciens.es ( c’est comme ça qu’on dit oui oui) cousent, décousent, proposent et trouvent une finition impeccable pour ce  » je ne sais quoi » périlleux.

Le Bombers, je crois que je n’avais encore jamais rien vu d’aussi bien piqué !

On dit piquer pour coudre… et bien moi, ça avait piqué mon coeur, tant Nemat, cet orfèvre de la couture avait mis toute son experience dans la réalisation de ce Bombers.

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Et si, vous voulez rire, voici une autre histoire, politiquement incorrect.

Nous allons déjeuner dans le quartier et je croise Bourros, le coupeur ( c’est un vrai métier à part entière). Nous avions sympathisé car il est arménien et que les Arméniens sont des gens très intelligents ( j’ai été élevée par un Arménien et c’est comme ça qu’ils font preuve de modestie !) Je le vois donc marcher dans la rue et lui dis :  » Mais Bourros, vous boitez, vous devriez vous arrêtez de travailler » Il rétorque gentiment  « Mais vous planez-vous ! Si je travaille ici (à l’atelier d’insertion), c’est grâce à mon handicape. » La claque, oui, c’était pourtant évidement !

Comme quoi des Héros comme Sahouda peuvent transformer un handicape en force et en atout non-discriminant.

L’atelier 13 Atipik, c’est un partenaire mais aussi et surtout un frère de valeurs dans une famille où nulle n’est parfait, mais jamais laissé de côté. Les stigmates des guerres, de l’exclusion et de l’handicape sont ici métamorphosés en forces. On considère la personne, sa volonté d’avancer, pour révéler son potentiel et ses savoir-faire couture !

Bravo et merci Sahouda ! Hâte de vous retrouver… toi et ta fabuleuse équipe !

                                                                                                                         Anaïs Dautais Warmel

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